Le temps passe mais les images de toi restent, pas aussi nettes, ni aussi claires que la lumière du phare au fond de la nuit, mais elles restent dans mon cœur, elles chantent une douce mélodie, mélancolique, suave, vieillie, inoubliable malgré l’eau qui coule et qui s’écoule.
Le temps passe mais comme tu es belle ce soir encore. Encore, encore ta peau de porcelaine est glacée, tes joues sont rouges, tes lèvres sont vermeilles toujours. Toujours, toujours aussi diaphane et placide comme le temps où nous étions deux.
Le temps passe mais l’atmosphère reste saturée par ton odeur. Suis-je fou ? Mes sens ne mentent pas, c’est mon cœur qui me trahit, hélas ! Sinon, pourquoi sentirai-je les battements de tes ailes me caresser délicatement?
Le temps passe et j’ai peur encore. Peur de quoi je ne sais. J’ai déjà traversé des déserts arides, des jungles hostiles, des montagnes solitaires. En écoutant au plus profond de moi, j’entends cette voix écorchée et haletante qui dit : « Tu as peur de devoir vivre sans elle, tu as peur de te consumer à petit feu comme de l’encens et de finir comme offrande pour les dieux, tu as peur que les autres t’enlèves le seul lien qui te maintient à la vie, le souvenir d’un amour parfaitement consommé. »
Le temps passe, je m’efface. L’arrivée du jour n’y change rien. Je ne comprends pas vraiment la peine. Je ressens juste un froid, pas n’importe quel froid, mais celui qui sait ronger la chair et les os, celui qui fait que je n’ai plus de force dans mes membres à tel point que je n’arrive pas serrer mon poing juste pour faire mine que je suis révolté, à tel point que je ne suis plus que l’ombre de moi-même, un néant ou bien un squelette, oui un squelette, pleins de fourmis grouillent autour de moi.
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